COMPTE-RENDU DE L’OPERATION DU 26 OCTOBRE 1917  (intégral)
 
Le bataillon entre en secteur dans la nuit du 24 au 25 octobre, 1ère et 2ème compagnies accolées face au Saint-Jansbeck, région de Smiske-Cabaret, entre la route de Steenstraat – Dixmude et une ligne Bixschoote – maison de la cabine téléphonique, 4 sections de mitrailleuses en secteur.
 
Le P.C. du commandant est à Smiske-Cabaret jusqu’au 25 à 6 heures et à la ferme isolée à partir de 6 heures.
 
Les 3ème et 4ème compagnies avec 2 sections de mitrailleuses à l’ouest du canal de l’Yser dans la région de Zuydschoote.
 
Le 24, à 22 heures, les Lieutenant de vaisseau RODELLEC et PECAM, le sous-lieutenant du Génie LEMPEREUR, le sous-officier de renseignements MORAND, 2 sous-officiers de pionniers du bataillon et 4 sous-officiers du Génie (28.54) font la reconnaissance du Saint-Jansbeck et indiquent comme point de passage le coude en face de la ferme Carnot.
 
Ordre est donné au Génie de porter, dès la tombée de la nuit, près du Saint-Jansbeck, en face de la ferme Carnot, tout le matériel de franchissement mis à notre disposition et d’installer trois cheminements entre la région ferme Carnot et le coude du Saint-Jansbeck.
 
Une section de la 1ère compagnie commandée par le maître BLANC, a l’ordre de franchir le Saint-Jansbeck au coude de la ferme Carnot, à 22 heures et d’exécuter une reconnaissance jusqu’à la ligne 43.10 – 46.10 (position de départ) sous la protection d’un barrage d’artillerie.
 
Le capitaine de la 1ère compagnie, le Lieutenant de vaisseau DEBRABANT, est blessé mortellement par éclat d’obus près de la ferme Carnot, en venant surveiller le départ de sa section de reconnaissance. Le maître BLANC, chef de la section, est blessé par un éclat du même obus. Le premier-maître GROSSET prend le commandement de la section de reconnaissance. Il est environ 21h30.
 
A ce moment, l’ennemi fait un barrage très violent sur le coude du Saint-Jansbeck, avec du 105 et ne permet pas le travail des pionniers pour l’installation de la passerelle qui devait servir à la reconnaissance.
 
A 22 heures, le passage n’étant pas encore établi, la reconnaissance n’a pas lieu ; le premier-maître GROSSET vient m’en rendre compte. Je donne alors des ordres pour que l’installation de 3 passerelles soit commencée immédiatement et exécutée coûte que coûte. A minuit, le travail est terminé. Deux pionniers sont blessés au cours de son exécution.
 
Une demi-section de la C.H.R. passe sur la rive nord de Saint-Jansbeck pour assurer la garde des passerelles.
 
A 3h50, la section RUSEFF, de la 1ère compagnie, franchit le canal et se dirige vers l’est précédée par une patrouille d’un quartier-maître et trois hommes, tandis que la demie section de la C.H.R. se dirige vers le nord.
 
Prise de 46.10
Après une marche extrêmement pénible dans la boue, la patrouille de couverture arrive à hauteur de l’abri. Elle s’aperçoit que le veilleur ennemi a été tué dans sa guérite. Juste au moment où le matelot DREAN arrivait devant la porte, il aperçoit un Allemand qui sortait et se dirigeait vers le créneau de mitrailleuse dans la partie nord du gourbi. Le matelot DREAN le renvoya dans l’abri à coup de pied. DUCLOS lance 6 grenades à l’intérieur, après quoi quatre Allemands se rendent. Les autres refusant de sortir, il fallut faire usage du revolver. Il y avait dans le gourbi 2 sous-officiers et 18 hommes dont deux ou trois blessés par les grenades. On constate par la suite que la bande de mitrailleuse était engagée. DUCLOS retourna la mitrailleuse vers l’ennemi et essaya son fonctionnement.
 
Pendant le même temps, la demie section GROSSET exécute la reconnaissance de 43.10 et 43.11. Elle n’y trouve que 8 cadavres.
 
RUSEFF et GROSSET restent sur leurs objectifs et permettent ainsi le passage de la 1ère compagnie (Enseigne de vaisseau FEUILLADE), de la 2ème compagnie (Lieutenant de vaisseau de la FOURNIERE) et de la compagnie de mitrailleuses (Lieutenant de vaisseau LADONNE).
 
Le tir de barrage ennemi se déclenche sur le Saint-Jansbeck et cause de grosses pertes à la 2ème compagnie et à la compagnie de mitrailleuses.
 
Dans un terrain épouvantable, avec de la boue jusqu’au ventre, les compagnies se forment tant bien que mal en vagues d’assaut sur la ligne 43.10 – 46.10.
 
La 3ème compagnie (Lieutenant de vaisseau COMBESCURE) est venue entre temps se placer en soutien sur la ligne maison du Garde – ferme isolée.
 
A 6 heures, les vagues d’assaut se portent vers leur objectif (ligne 43.13 – 47.14). L’ennemi demande le barrage par fusée rouges à 2 boules.
 
En fin de progression, la 1ère compagnie s’empara d’un abri qui est fort probablement 47.14.
 
Prise de 47.14
 Pour garder le contact avec le 4ème bataillon du 321ème R.I. la 1ère compagnie avait dû appuyer fortement sur la droite et, en fin de progression, le centre de la 1ère vague se trouvait en face d’un gourbi camouflé dans le fond du Tallweg. Les deux veilleurs Allemands furent aperçus par les hommes de la 1ère vague ; ils essayèrent d’aller prévenir leurs camarades. La 1ère vague ouvrit le feu sur eux au vol avec ses fusils-mitrailleurs et ses fusils. L’un des Allemands tomba blessé, l’autre prit la fuite. Les grenadiers de la 4ème section arrivèrent à la porte de l’abri ; un Allemand frisait sa moustache à l’entrée. Le grenadier DOLE lui cria « Camarade ! ». L’Allemand ahuri, s’enfonça dans le gourbi. Les occupants (2 officiers, 26 hommes) durent se rendre. Une mitrailleuse qui se trouvait dans l’abri fut capturée.
 
A 6h50, les compagnies d’assaut avaient atteint leurs objectifs et s’y organisaient en profondeur.
 
A 8 heures, une patrouille de la section LE FEUILLIC, sous les ordres du second-maître QUEDEC, va reconnaître la ferme des deux Lucarnes et les deux abris voisins. Elle constate qu’ils ne sont plus occupés.
 
A 10h05, j’envoie à la 2ème compagnie l’ordre d’occuper la ferme des deux Lucarnes et de s’y maintenir.   
 
A 13h40, le Lieutenant de vaisseau de la FOURNIERE prévient qu’il tient la ferme des deux Lucarnes et les abords ouest du Thalweg. Nous sommes sur la ligne de départ fixée par votre ordre pour l’opération du 2ème bond. Toute cette opération s’est effectuée dans une véritable mare de boue gluante
 
Le Capitaine LADONNE m’écrit à ce sujet dans son compte-rendu :
            « Entre la rive droite du Saint-Jansbeck et la tranchée des Bois, le terrain représentait un chaos de trous d’obus remplis de vase ; on ne pouvait avancer que mètre par mètre, en retirant à mesure les hommes qui restaient embourbés jusqu’à mi-corps, incapables de se retirer par leurs seuls moyens ».
 
Le Capitaine MARRAST m’écrit de son côté :
            « L’infanterie a dû fournir un effort inouï ; le terrain n’était pas seulement boueux et bouleversé, mais véritablement impraticable, au point que si, avant l’attaque, j’avais fait une reconnaissance sur e chemin à parcourir, j’aurais déclaré qu’il était impossible au bataillon d’y passer. Les hommes ont été au-delà du possible, il n’en est pas un qui ne se soit enlisé plusieurs fois et n’ai eu besoin du secours d’un ou deux de ses camarades pour s’en tirer ».
 
En dehors des difficultés dues au terrain, les compagnies eurent beaucoup à souffrir du barrage ennemi. Celui-ci semblait étagé :
-         un barrage à hauteur ferme Carnot – maison de la cabine téléphonique ;
-         un barrage sur le Saint-Jansbeck ;
-         un tir sur la zone entre le Saint-Jansbeck et la tranchée des Bois :
-         un barrage sur la tranchée des Bois ;
-         enfin, pendant la progression, un barrage à 150 mètres environ sur l’arrière de la tranchée des Bois.
 
La compagnie de droite fut prise à partie au cours de sa progression par des rafales de mitrailleuses qui la prenaient de flanc.
 
Total des prisonniers faits au cours de l’opération du 26 :
-         2 officiers
-         2 sous-officiers
-         44 hommes
Pertes du bataillon :
-         9 tués
-         2 disparus
-         71 blessés
 
Le livre complet relié ou téléchargé : http://www.lulu.com "14/18 citations marine"
 



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